La plateforme européenne CONCORD, un lobbying au service des ONG de développement

by Thomas GONDRAN, M1 AlterEurope, majeure Géographie

Le 3 mars 2014, à Bruxelles, le master AlterEurope a fait la connaissance de Seamus Jefferson, directeur de CONCORD, une structure  qui regroupe des associations pour les représenter au niveau européen. Seamus Jefferson est donc un lobbyiste d’un genre particulier, puisqu’il a pour mission de défendre auprès des institutions européennes les intérêts des ONG internationales d’urgence et de développement. Cette conférence a renouvelé la vision habituelle que l’on se fait du lobbying en montrant que les ONG sont de nouveaux acteurs qui comptent de plus en plus dans les décisions politiques européennes. A partir de cette rencontre, je vous propose une réflexion sur le  rôle que peut jouer une telle structure, au regard des transformations de la manière de concevoir l’aide au développement dans l’UE.[1]

I.                    Une plateforme au service des associations qu’elle fédère

L’association CONCORD n’a pas pour mission de mener des actions concrètes sur le terrain, mais de fédérer plus de 1800 associations, 27 plateformes nationales et 17 réseaux sectoriels afin de les représenter au niveau européen[2]. CONCORD se met donc au service d’une multitude d’associations d’urgence et de développement de tailles et de spécificités très diverses, de Handicap international à Islamic Relief worldwide par exemple. Sa mission est double : d’abord porter la voix de ces associations auprès des décideurs politiques européens, et également expliquer aux associations la manière dont fonctionne le jeu politique européen et comment elles peuvent s’y insérer pour obtenir des fonds et de l’influence. Les fonds européens sont en effet alloués sur des projets et pour les obtenir les ONG doivent mettre en place des dossiers selon des normes précises : le principe du cofinancement par un organisme autre que l’UE (Etat, collectivité locale ou autre) doit ainsi par exemple être respecté. CONCORD a donc une mission importante d’aide pour les ONG qui souhaitent obtenir un financement et n’ont pas forcément les ressources en interne pour composer un dossier. De ce fait, CONCORD joue un rôle de tampon entre les institutions et les associations puisqu’elle voit passer et filtre les demandes de subvention en les mettant au bon format. Sa position privilégiée dans le jeu bruxellois tient à sa connaissance du langage et des procédures mises en place par l’UE. Son aide pour les associations membres ne s’arrête cependant pas là : en effet, même si demander une subvention est a priori la principale raison pour une association locale ou nationale de s’intéresser à l’échelle européenne, M. Jefferson insiste aussi sur le rôle politique de CONCORD, que les associations locales ont tendance à négliger. En effet, l’échelle nationale reste la référence pour agir politiquement et communiquer sur de nouveaux enjeux internationaux pour les ONG. Elles prennent encore peu en compte l’échelle européenne, alors que celle-ci s’impose de plus en plus comme fondamentale en ce qui concerne l’aide au développement internationale et qu’elle est un lieu d’expression idéal pour les ONG.

II.                  Un partenaire privilégié de l’UE

Le lobbying européen présente certaines particularités par rapport aux lobbyings nationaux. En effet, une place très grande est faite à des organismes privés de toutes sortes à Bruxelles car les institutions leurs reconnaissent une expertise et un savoir-faire. Ainsi, le lobbying que mène CONCORD est loin des clichés des industriels corrompus œuvrant pour les intérêts de leurs entreprises contre le bien commun. En effet, l’Union européenne laisse une place importante aux ONG parce qu’elle leur reconnaît une expertise et parce qu’elles permettent de faire contrepoint aux intérêts défendus par d’autres acteurs. Puisque CONCORD est parvenu à prouver sa légitimité en regroupant un grand nombre de structures, les institutions européennes profitent de cet interlocuteur unique pour asseoir leur propre légitimité sur l’expérience du terrain des ONG. En effet, les institutions bruxelloises, critiquées pour leur éloignement des réalités locales, cherchent par ce partenariat à affirmer leur lien avec des acteurs qui représentent la proximité avec les sociétés civiles. Le champ politique que représente l’Union européenne demande un investissement qui s’avère donc particulièrement rentable pour les ONG, à la fois en terme de fonds à capter et de poids politique à acquérir.

III.                Une nouvelle dimension internationale de l’UE dans laquelle CONCORD cherche à défendre un volet social

La politique de développement défendue en Europe s’est longtemps appuyée uniquement sur des partenariats intergouvernementaux. Cependant depuis certains événements comme les printemps arabes, ces accords qui n’intègrent pas les sociétés civiles sont de plus en plus critiqués. L’Union européenne a donc voulu transformer la logique de l’aide, en trouvant des voies différentes. Un programme thématique sur « les acteurs non étatiques et les autorités locales dans le développement »[3] a renforcé depuis 2011 les objectifs de coopération entre institutions et ONG, il s’agit donc d’une opportunité pour des plateformes comme CONCORD de gagner de la visibilité. L’Union européenne a ainsi été parmi les principaux instigateurs des Objectifs du millénaire pour le développement, lancés par l’ONU en 2000. Ces huit objectifs[4] pour 2015 correspondent à de grandes orientations accompagnées d’incitations pour les ONG afin que les acteurs privés et publics travaillent ensemble de manière cohérente dans les pays en développement. CONCORD participe donc à cette volonté de cohérence et cherche à l’améliorer, notamment en participant à la préparation de l’après 2015 avec les décideurs politiques afin de réfléchir à la manière dont il faut repenser les programmes d’urgence et de développement après la fin de la période définie par les OMD.

Les acteurs impliqués dans l’aide au développement se multiplient : les acteurs publics agissent à toutes les échelles (Union européenne, Etats, régions, collectivités locales) et les acteurs non-étatiques se diversifient dans toutes les régions du monde. Dans ce contexte, un travail de coordination et de communication entre toutes les structures semble nécessaire afin de résoudre les problèmes du mal-développement, d’autant plus que les méthodes traditionnelles ont montré leurs limites. C’est pourquoi le lobbying des ONG a une raison d’être bien et que son rôle gagne en importance auprès des décideurs politiques européens. Cependant, cette place reste limitée par rapport à celle des principaux lobbys industriels et financiers.

IV.               Pour aller plus loin

-          Site de la plateforme CONCORD : http://www.concordeurope.org/fr

-          Rapport sur la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement : https://www.un.org/fr/millenniumgoals/

-          Blog de Seamus Jefferson : http://www.concordeurope.org/blogs/seamus-jeffreson

[1]                     Cet article reprend quelques idées émises par Seamus Jefferson, mais pas uniquement. Ce qui est écrit n’engage donc que son auteur et en aucun cas l’association CONCORD

[2]                     Voir la liste des associations représentées sur le site de CONCORD

[3]                     Programme à consulter en ligne : http://ec.europa.eu/europeaid/how/finance/dci/non_state_actors_fr.htm

[4]                     Objectifs à consulter sur le site de l’ONU : https://www.un.org/fr/millenniumgoals/

 


[1]                     Cet article reprend quelques idées émises par Seamus Jefferson, mais pas uniquement. Ce qui est écrit n’engage donc que son auteur et en aucun cas l’association CONCORD

[2]                     Voir la liste des associations représentées sur le site de CONCORD

[3]                     Programme à consulter en ligne : http://ec.europa.eu/europeaid/how/finance/dci/non_state_actors_fr.htm

[4]                     Objectifs à consulter sur le site de l’ONU : https://www.un.org/fr/millenniumgoals/